

Le terme “traditionnel” signifie ici donner, dans le sens de transmettre. Nous essayons donc de transmettre l’aïkido et ses valeurs par le biais d’un enseignement de type maître / élève.
Le maître est là pour transmettre et l’élève apprendre. Par un effet miroir l’élève permet au maître de vérifier et valider ce qu’il transmet et ainsi progresser lui-même. Il n’y a donc pas de hiérarchie entre les deux mais un contrat tacite. Un maître seul ou un élève seul ne pouvant progresser ni l’un ni l’autre. Le même contrat existe entre deux élèves de niveaux différents.
« Ce sont les élèves les moins doués qui forcent les professeurs à mieux enseigner. »
Malcolm Forbes
Nous ne faisons pas de compétition et l’efficacité martiale n’est plus notre but, d’où le terme DO 道 (la voie) et non plus JUTSU 術 (technique). La pratique de l’aïkido réside donc plus sur la manière de pratiquer et de transmettre que la technique elle-même, qui devient un support et non un but. Le cadre dans lequel se déroule la pratique est donc essentiel. C’est le Dojo (lieu où l’on étudie la voie), il signifie aussi bien le lieu physique (la salle) que le cadre relationnel.
« On n’enseigne pas ce que l’on sait ou ce que l’on croit savoir : on n’enseigne et on ne peut enseigner que ce que l’on est. »
Jean Jaurès
Le maître est entouré d’élèves appelés uchi-deshi, littéralement élèves qui habitent dans le Dojo. Cela vient d’une part du fait d’un rapprochement étroit entre certains élèves et le maître et également de raisons matérielles, les gymnases et les associations subventionnés n’existant pas à l’époque. Aujourd’hui nous n’habitons pas dans le Dojo, en revanche nous avons du temps libre, des gymnases et des assurances qui font que le rapprochement entre élèves et maître est également présent et dépasse largement la salle et les horaires d’entrainement.
L’enseignement transmis en aïkido est particulièrement riche de ce point de vue. Les uchi-deshi de Ueshiba ne manquent pas de récits sur la vie du Dojo et la plupart des Dojos actuels fonctionnent dans un environnement très convivial où les relations humaines ont une place particulièrement importante. Il est plus courant de dire que l’on a pratiqué avec untel plutôt que de dire que l’on a pratiqué à telle adresse.
La convivialité et les relations humaines dans la salle aussi bien qu’à l’extérieur font partie intégrante de la pratique de l’aïkido. C’est le Dojo au sens large et complet du terme. Un Dojo est donc quelque chose de vivant, qui évolue en fonction des pratiquants, maître comme élèves.
Le cadre associatif occidental se prête particulièrement bien à cet exercice. Il permet à tout adhérent (toute personne acceptant ce contrat tacite et parfois inscrit dans un règlement intérieur) de prendre une part concrète dans l’organisation du Dojo comme c’était le cas traditionnellement. Comme dans le Dojo traditionnel, il n’y a pas de hiérarchie dans le sens où personne n’a de pouvoir sur un autre. Chacun étant libre de venir ou quitter le Dojo en cas de désaccord et rupture du contrat. Un maître ayant autant besoin de ses élèves que l’inverse, les élèves ayant autant besoin d’autres élèves que l’inverse, seul le respect mutuel peut assurer la cohésion du Dojo.
Le terme Aï (合) signifie harmonie dans le sens où chaque chose doit être à sa place pour concourir à un but commun. Martialement trouver sa place est un principe essentiel. Dans le Dojo également. Certaines dérives placent le maître au dessus des élèves, ou un membre du bureau de l’association au dessus des adhérents. La cohésion des élèves ou l’assemblée est là pour remettre les choses à leur place car un système pyramidal détruit l’effet miroir d’une part et les relations extérieures d’autre part.
Ce fonctionnement peut paraître utopique et les souhaits du fondateur de l’aïkido ont souvent été détournés. Mais là encore c’est le confort et les libertés que nous avons au sein d’associations occidentales qui nous permet d’expérimenter et mettre en pratique cet idéal, au moins dans le cadre du Dojo. Il y a aujourd’hui plus de pratiquants en France qu’au Japon. Le fait de ne pas faire de compétition ni rechercher le profit financier et pratiquer sur du temps libre nous permet cette sérénité. Espérons ensuite que cette base solide dépasse le cadre du Dojo.